L’archipel des Comores se situe dans le canal du Mozambique nord, entre la côte est de l’Afrique et la pointe nord de Madagascar, dans des eaux assez chaudes pour faire pousser du corail et assez instables pour provoquer des coups d’État. Il y a quatre îles principales. Trois d’entre elles, Grande Comore, Mohéli et Anjouan, forment l’Union des Comores, l’un des pays les plus petits et les plus pauvres d’Afrique. La quatrième, Mayotte, est un département d’outre-mer français.
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La fleur est le Cananga odorata, ylang-ylang, et l’huile extraite de ses fleurs est l’une des matières premières les plus importantes de l’industrie mondiale du parfum. Les Comores produisent entre soixante et soixante-dix pour cent de l’huile essentielle d’ylang-ylang dans le monde.
L’arbre n’est pas originaire des Comores. Il a été introduit d’Asie du Sud-Est par des botanistes coloniaux français au milieu du XIXe siècle, dans le cadre d’un projet délibéré visant à transformer l’archipel en source de matières premières aromatiques pour l’industrie du parfum de Grasse.
L’arbre lui-même pousse rapidement et est peu exigeant. Il produit des fleurs toute l’année, avec des récoltes maximales de novembre à mars. Les fleurs sont cueillies à la main, toujours tôt le matin, lorsque la concentration en composés volatils est la plus élevée. La composition chimique des fleurs d’ylang-ylang change de manière mesurable au cours de la journée.
La distillation de l’ylang-ylang est inhabituelle en parfumerie car elle est fractionnée. Plutôt que de collecter l’ensemble du distillat comme un produit unique, le distillateur sépare l’huile en grades, ou « fractions », selon l’ordre d’apparition des différents composés dans l’alambic. La première fraction, « Extra » ou « Extra Supérieure », est la plus légère, la plus florale, la plus volatile, riche en linalol et en acétate de benzyle, et elle atteint le prix le plus élevé. Les fractions suivantes, Première, Seconde, Troisième, sont progressivement plus lourdes, plus foncées et moins florales.
Ce système de fractionnement crée une hiérarchie de valeur qui correspond, avec une précision cruelle, à l’économie de la chaîne d’approvisionnement comorienne. La fraction Extra représente un faible pourcentage du rendement total mais génère la grande majorité des revenus.
L’importance de l’ylang-ylang pour la parfumerie de luxe est difficile à surestimer. Les fractions Extra et Première possèdent un caractère floral à la fois luxuriant, crémeux, exotique et légèrement narcotique. L’utilisation la plus célèbre de l’ylang-ylang remonte au début des années 1920, lorsqu’un parfumeur russo-français l’a utilisé comme composant clé d’une composition commandée par un couturier. Le parfum, lancé en 1921, est devenu le plus commercialement réussi et culturellement significatif du XXe siècle.
La dépendance économique des Comores à l’ylang-ylang n’est pas une figure de style. L’huile d’ylang-ylang, aux côtés des clous de girofle et de la vanille, représente la majorité des revenus d’exportation du pays. La fragilité de cet arrangement est aggravée par le changement climatique. En avril 2019, le cyclone Kenneth a causé des dégâts dévastateurs aux plantations d’ylang-ylang.
Des efforts pour remédier aux inégalités existent : programmes de commerce équitable, coopératives, initiatives de formation. Mais ces efforts évoluent dans une réalité structurelle qui limite leur impact. Si l’ylang-ylang comorien devient significativement plus cher, les acheteurs ont des options : l’ylang-ylang malgache, de qualité inférieure mais utilisable ; des alternatives synthétiques, qui s’améliorent continuellement ; ou des stratégies de reformulation.
Une distillerie sur l’île d’Anjouan, près de la ville de Bambao, où les fleurs d’ylang-ylang arrivent avant l’aube dans des paniers tressés portés sur la tête par des femmes qui cueillent depuis quatre heures du matin. Les femmes qui cueillent les fleurs gagnent environ deux dollars par jour. L’huile qu’elles produisent se vend, en grade Extra, entre deux cents et trois cents dollars le kilogramme sur le marché international.
La relation de l’industrie du parfum avec l’ylang-ylang est, à cet égard, identique à sa relation avec le vétiver haïtien. La valeur est créée à l’origine et captée à destination. La rhétorique du luxe, des matières rares, du savoir-faire, des ingrédients issus de lieux exotiques, dépend de l’existence de ces lieux et des personnes qui y vivent, mais elle ne les enrichit pas, en règle générale.
Ce n’est pas un argument contre l’utilisation de l’ylang-ylang naturel. C’est un argument pour l’honnêteté sur ce que cette utilisation implique. Chaque flacon de parfum contenant de l’ylang-ylang comorien contient, en un sens, toute l’économie d’une petite nation insulaire : son travail, son climat, son instabilité politique, sa vulnérabilité aux cyclones et aux fluctuations du marché.
L’arbre d’ylang-ylang, contrairement au civette en cage, ne souffre pas. Il pousse. Il fleurit. Il est récolté et il fleurit à nouveau. Le poids moral de l’histoire ne réside pas dans l’extraction de la matière mais dans la répartition de sa valeur.
La fleur ne sait pas. Elle fleurit parce que c’est ce que font les fleurs. Le reste, c’est à nous d’en répondre.
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