Catherine de Médicis : La reine qui a introduit le parfum en France

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Le 28 octobre 1533, une jeune fille de quatorze ans de Florence épousa le deuxième fils du roi François Ier lors d'une cérémonie à Marseille. Elle n'était pas belle. Les récits contemporains s'accordent sur ce point avec la cruauté désinvolte de l'époque : elle était petite, mince, au visage ordinaire, avec les yeux proéminents caractéristiques de sa famille. Elle apportait avec elle une dot de 130 000 ducats, le soutien politique de son oncle le pape Clément VII, et, plus pertinent pour nos propos, un parfumeur personnel.

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La jeune fille était Catherine de Médicis. Le parfumeur a été mentionné sous diverses formes par différents historiens, mais le nom le plus couramment cité est René le Florentin. René le Florentin était un apothicaire, un composeur de substances aromatiques, et, si les rumeurs qui l'ont suivi toute sa vie et au-delà étaient vraies, quelque chose de tout à fait différent. On disait, à voix basse, qu'il était un empoisonneur. Le parfumeur de Catherine et l'empoisonneur de Catherine étaient la même personne, et le laboratoire où il mélangeait ses fragrances était le même où il préparait les instruments de ses assassinats politiques.

Que cela soit vrai ou non est une question que quatre siècles de recherches n'ont pas réussi à trancher définitivement. Ce qui n'est pas contesté, c'est l'héritage culturel de cette accusation. L'arrivée de Catherine de Médicis en France marque le moment où la parfumerie italienne a franchi les Alpes pour s'enraciner sur le sol français. Elle marque aussi le moment où la parfumerie s'est définitivement liée à la suspicion, lorsque l'art du parfumeur a acquis une ombre qu'il n'a jamais complètement dissipée.


Pour comprendre ce que Catherine apporta avec elle, il faut comprendre ce qu'était Florence au début du XVIe siècle. La ville était riche, certes, mais surtout, elle était le centre d'une révolution chimique et botanique qui se construisait depuis deux siècles. Les Médicis avaient patronné non seulement des peintres et des sculpteurs, mais aussi des botanistes, des alchimistes et des apothicaires. Le Giardino dei Semplici, le jardin botanique fondé par Cosimo Ier de Médicis en 1545 et toujours en activité aujourd'hui au sein de l'Université de Florence, fut l'un des premiers en Europe, et il était rempli de plantes collectées à travers la Méditerranée, le Levant et, de plus en plus, le Nouveau Monde.

Les apothicaires florentins étaient les plus sophistiqués d'Europe. Ils avaient hérité de la tradition arabe de la distillation, l'avaient raffinée et l'appliquaient à une immense variété de matériaux botaniques. Ils pouvaient extraire des huiles essentielles de fleurs, d'écorces, de racines, de feuilles et de graines avec une précision et une constance qu'aucune autre ville européenne ne pouvait égaler. Ils composaient non seulement des parfums, mais aussi des cosmétiques, des médicaments et, inévitablement, des poisons.

La base de connaissances pour ces quatre domaines était identique. Un parfumeur qui savait extraire l'huile essentielle d'amande amère comprenait aussi que cette même substance contenait de l'acide prussique. Un apothicaire capable de composer une pommade apaisante à la belladone savait aussi que la belladone, préparée différemment, dilatait les pupilles jusqu'à la cécité et, à doses plus élevées, tuait. Le jardin botanique était à la fois pharmacie et arsenal. La même plante qui guérissait à une dose détruisait à une autre. La différence n'était pas une question de savoir, mais d'intention.

C'était le monde dans lequel Catherine a grandi. Le palais des Médicis débordait d'aromates rares. Catherine elle-même, selon des récits ultérieurs, avait un intérêt réel et sophistiqué pour le parfum, non comme simple ornement, mais comme une quête technique et intellectuelle. Lorsqu'elle quitta Florence pour la France, elle n'apporta pas quelques flacons de parfum. Elle apporta toute la tradition florentine : le savoir, les matériaux, les techniques, et l'homme qui incarnait les trois.


La France en 1533 n'était pas un désert de parfumerie : elle avait ses propres traditions, ses propres matériaux aromatiques, sa propre guilde de gantiers-parfumeurs. Mais elle était provinciale comparée à Florence. La parfumerie française reposait encore largement sur des muscs animaux lourds et des préparations simples à base de plantes. Le concept d'orgue à parfums n'existait pas encore. Les compositions légères, florales et à base d'agrumes que les apothicaires florentins produisaient depuis des générations étaient largement inconnues au nord des Alpes.

René le Florentin installa son laboratoire à Paris, sur le Pont au Change selon certains récits, ou près du Pont Saint-Michel selon d'autres. L'emplacement est en soi révélateur : les ponts de Paris étaient des quartiers commerciaux bordés de boutiques, et l'établissement de René semblait fonctionner à la fois comme un laboratoire privé au service de la reine et comme une boutique semi-publique vendant des produits aromatiques à l'élite parisienne. Il introduisit les gants parfumés, les eaux parfumées, les pastilles aromatiques et le pot-pourri sur un marché français qui les accueillit avec enthousiasme.

Le gant parfumé, en particulier, devint la marque de fabrique de Catherine. La fabrication italienne de gants était déjà supérieure à la française, et les gants italiens parfumés aux aromates florentins étaient un produit de luxe sans égal. Catherine les offrait en cadeau, un geste diplomatique qui était aussi, inévitablement, une campagne de marketing. La cour française adopta les gants parfumés avec la ferveur de nouveaux convertis, et la demande créa une industrie française qui, en une génération, rivaliserait puis surpasserait son modèle italien.

Mais le gant devint aussi le vecteur de la rumeur la plus persistante et la plus nuisible de la carrière de Catherine. L'histoire, qui apparaît dans plusieurs sources des XVIe et XVIIe siècles, est la suivante : Catherine, souhaitant éliminer Jeanne d'Albret, la reine protestante de Navarre et mère du futur Henri IV, lui envoya une paire de gants parfumés en cadeau. Jeanne porta les gants. Peu après, elle tomba malade et mourut. La conclusion, dans l'esprit des ennemis de Catherine, était évidente : les gants avaient été empoisonnés. Le parfum était le vecteur. Le cadeau était l'arme.


Est-ce que cela s'est passé ainsi ? Les preuves historiques sont frustrantes d'ambiguïté. Jeanne d'Albret mourut le 9 juin 1572, environ dix semaines avant le massacre de la Saint-Barthélemy du 24 août qui allait définir la réputation de Catherine comme meurtrière politique. Elle mourut d'un abcès pulmonaire, une pleurésie ou une tuberculose selon les termes modernes. Une autopsie fut pratiquée, et les médecins ne trouvèrent aucune preuve d'empoisonnement.

Mais l'autopsie ne régla pas la question, car au XVIe siècle la catégorie de « poison » était bien plus élastique qu'aujourd'hui. Les poisons n'étaient pas nécessairement des substances qui tuaient instantanément ou laissaient des traces évidentes. Ils pouvaient être lents, cumulatifs et, dans l'imaginaire populaire, diaboliquement subtils. Un poison administré par des gants parfumés, absorbé par la peau sur plusieurs jours ou semaines, n'aurait pas nécessairement produit les symptômes classiques d'un empoisonnement aigu. Il aurait simplement affaibli la victime, la prédisposant à la maladie, et laissé une cause « naturelle » porter le coup de grâce. Telle était la théorie, en tout cas, et elle était largement partagée non seulement par le public crédule mais aussi par des observateurs instruits qui, selon les standards modernes, auraient dû savoir mieux.

La rumeur était politiquement utile. Catherine était italienne, et les Italiens jouissaient d'une réputation presque caricaturale de sinistre en France au XVIe siècle. Ils étaient associés à la duplicité, à l'intrigue et, surtout, au poison. L'empoisonneur italien était un personnage récurrent du discours politique français, le croquemitaine invoqué chaque fois qu'une mort gênante nécessitait une explication plus satisfaisante que les causes naturelles. Catherine, en tant que reine italienne à la cour française, était un paratonnerre pour ces angoisses. Chaque mort à ses côtés lui était attribuée, et René le Florentin, son parfumeur, son apothicaire, son compatriote italien, était présenté comme son instrument.

L'accusation fut amplifiée par les guerres de religion qui déchirèrent la France dans la seconde moitié du XVIe siècle. Catherine était catholique. Beaucoup de ses victimes présumées étaient protestantes. L'histoire du gant empoisonné était autant un récit confessionnel qu'un récit criminel. Elle disait : voilà ce que font les catholiques. Voilà ce que font les Italiens. Voilà ce qui arrive quand on laisse un Médicis gouverner la France.


La vérité sur Catherine et le poison est probablement plus banale et plus intéressante que la légende. Elle était une opératrice politique d'une cruauté exceptionnelle à une époque où la cruauté politique était une condition de survie. Elle ordonna presque certainement des assassinats politiques : le massacre de la Saint-Barthélemy à lui seul le rend indéniable. Qu'elle ait utilisé spécifiquement le poison, et que René le Florentin ait été son agent en la matière, reste non prouvé.

Ce qui est certain, c'est que l'association entre parfumerie et poison n'était pas une invention de Catherine. C'était une vieille association, enracinée dans une réalité pharmacologique qui persista jusqu'à l'époque moderne. La boutique de l'apothicaire était toujours une installation à double usage. Le même savoir des plantes, des extractions, des dosages et des modes d'administration qui produisait médicaments et parfums pouvait produire des poisons. Les mêmes mains qui composaient un sachet de lavande et de rose pouvaient composer un sachet d'arsenic et de belladone. La frontière entre les deux n'était pas une frontière de savoir, mais une frontière d'éthique, et l'éthique, dans les cours de la Renaissance européenne, était négociable.

La tradition italienne que Catherine apporta en France portait cette ambiguïté dans son ADN. Les grands apothicaires florentins étaient maîtres des deux arts, ou plutôt, maîtres d'un seul art qui pouvait être tourné vers la guérison ou le mal. Aqua tofana, un poison lent célèbre attribué à une Sicilienne nommée Giulia Tofana au XVIIe siècle, était apparemment commercialisé comme un cosmétique, une eau de visage contenant de l'arsenic. Que l'histoire soit vraie importe moins que le fait qu'elle était crue : cosmétique et poison occupaient le même espace culturel, utilisaient les mêmes mécanismes de diffusion et étaient produits par les mêmes personnes.

La France de Catherine hérita de cette fusion. Pendant les deux siècles suivants, la parfumerie française porterait un souffle de sinistre : une mémoire culturelle du fait que la personne qui fabriquait votre parfum possédait le savoir pour vous tuer, et que le gant parfumé sur votre main pouvait être le dernier cadeau que vous receviez.


L'héritage de l'importation de la parfumerie florentine par Catherine en France n'est pas principalement une histoire de poison, bien que le poison fasse une meilleure histoire. C'est une histoire de transfert technologique, l'un des plus importants dans l'histoire des produits de luxe.

Avant Catherine, la parfumerie française était compétente mais dérivée. Après Catherine, elle prospéra. Les techniques, les matériaux et les sensibilités esthétiques que René le Florentin et ses successeurs apportèrent des Alpes prirent racine sur le sol français et, en deux générations, produisirent une industrie qui dominerait la parfumerie mondiale pendant les quatre cents années suivantes. La ville de Grasse, en Provence, qui deviendrait la capitale mondiale des matières premières aromatiques, berceau de la récolte de la rose de mai et des champs de jasmin, commença sa transformation d'un centre de tannage du cuir en une puissance de la parfumerie à la fin du XVIe siècle, précisément à l'époque où les techniques italiennes affluaient en France.

La guilde des gantiers-parfumeurs, qui existait modestement avant l'arrivée de Catherine, s'agrandit énormément dans les décennies qui suivirent. En un siècle, elle fournirait le palais nauséabond de Versailles. La demande pour les gants parfumés, les eaux parfumées, les pastilles aromatiques et les parfums personnels que Catherine avait catalysée créa une classe professionnelle de parfumeurs français qui, au XVIIe siècle, serviraient la cour de Versailles et, au XVIIIe, approvisionneraient les aristocrates à travers l'Europe.

Catherine elle-même n'avait jamais eu l'intention de tout cela. Elle n'était pas une mécène de la parfumerie comme ses ancêtres Médicis l'étaient de l'art. C'était une femme qui aimait sentir bon, venue d'une culture qui valorisait le parfum, et qui avait amené son parfumeur avec elle en s'installant dans un pays qui ne disposait pas encore de parfumeurs de compétence comparable. Les conséquences furent accidentelles, ce qui est généralement le cas des événements les plus déterminants.


Une dernière ironie dans l'histoire de Catherine mérite d'être soulignée. La femme à qui l'on attribue l'introduction de la parfumerie en France est surtout retenue comme une empoisonneuse. La femme qui introduisit un art de la beauté est connue pour un art de la mort. La mémoire culturelle a choisi le sinistre plutôt que le créatif, le létal plutôt que le génératif, le poison plutôt que le parfum.

C'est une injustice envers Catherine, assurément. C'est aussi une distorsion révélatrice. Cela nous dit quelque chose sur notre manière de penser le parfum : l'angoisse persistante attachée à des substances invisibles, qui pénètrent le corps sans permission, qui modifient notre expérience du monde par des mécanismes que nous ne pouvons ni voir ni comprendre pleinement, une inquiétude que le marketing olfactif exploite encore aujourd'hui. Un parfum est, après tout, un composé chimique qui modifie votre état neurologique. Un poison aussi. La différence est une question de degré et d'intention, et l'histoire de Catherine de Médicis nous rappelle que degré et intention ne sont pas toujours faciles à distinguer.

Le gant parfumé qui a peut-être tué la reine de Navarre est l'emblème parfait de cette ambiguïté. Il était beau. Il était parfumé. C'était un cadeau. Et il a peut-être été mortel. Quatre siècles et demi plus tard, nous ne savons toujours pas lequel. L'incertitude est, peut-être, le point. Le parfum a toujours vécu à la frontière entre plaisir et danger, entre thérapeutique et toxique, entre cadeau et arme. Catherine de Médicis n'a pas créé cette ambiguïté. Mais elle lui a donné un visage, une histoire, et une paire de gants parfumés que l'histoire n'a jamais pu effacer.

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