Phantosmie : quand le cerveau compose son propre parfum

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Une femme à Londres, ancienne sommelière, qui n’a pas goûté correctement le vin depuis mars 2021. Chaque verre, quel que soit le cépage ou le millésime, arrive sur son palais comme un flot d’acétone et de caoutchouc brûlé. Son Bourgogne sent le garage. Son Sancerre, le dissolvant pour vernis à ongles. Elle n’a pas perdu l’odorat. Un sort pire est arrivé : son cerveau a commencé à le réécrire.

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Son état s’appelle la parosmie, la distorsion systématique des odeurs réelles en odeurs fantômes, généralement grotesques. C’est la parodie cruelle de la perception par le cerveau : tout est perçu, mais rien n’est perçu correctement. Le café sent les égouts. Les roses sentent les produits chimiques. Le corps d’un amant sent la viande en décomposition. Le monde devient un miroir déformant construit entièrement d’odeurs.

Mais la parosmie a une cousine plus étrange et plus silencieuse. La phantosmie, du grec phantasma, une apparition, est la perception d’odeurs qui n’ont aucune source. Aucune molécule n’est entrée dans le nez. Aucun récepteur n’a été activé en réponse au monde extérieur. Et pourtant, l’odeur est là, vive et insistante : du pain grillé brûlé à trois heures du matin dans une cuisine propre, de la fumée de cigarette dans une pièce vide, la douce odeur chimique de quelque chose qui pourrit dans une maison où rien n’est mort.

Ce ne sont pas des métaphores. Ce sont des événements neurologiques. Et ils révèlent une vérité troublante sur la perception elle-même, que la parfumerie, peut-être plus que tout autre art, est particulièrement bien placée pour comprendre.


La position particulière du bulbe olfactif dans le cerveau

Pour comprendre ce que révèle la phantosmie, il faut d’abord comprendre le bulbe olfactif et pourquoi il occupe une position si particulière dans l’architecture du cerveau humain.

Tous les autres systèmes sensoriels sont isolés. La vision passe par la rétine, le nerf optique, le noyau géniculé latéral, le thalamus, avant d’arriver au cortex visuel, une chaîne de relais d’une longueur étonnante, chaque station filtrant et interprétant avant que le signal ne continue. Le son suit un chemin tout aussi bureaucratique : cochlée, nerf auditif, noyaux du tronc cérébral, corps géniculé médian, thalamus, cortex auditif. Le toucher, le goût, la proprioception, tous passent par le thalamus, ce grand opérateur de commutation du cerveau, qui décide ce qui atteint la conscience et dans quel ordre.

L’odorat refuse totalement cette organisation. Le bulbe olfactif, une paire de structures pas plus grosses que des myrtilles, situées à la base du lobe frontal, reçoit directement les signaux de l’épithélium olfactif, une petite zone de tissu de la taille d’un timbre-poste, située haut dans la cavité nasale. Entre le monde extérieur et le cerveau, il n’y a presque rien : une fine grille osseuse appelée la lame criblée, perforée comme un tamis, à travers laquelle les axones des neurones récepteurs olfactifs se faufilent directement dans le bulbe. Aucune autre partie du système nerveux central n’est aussi directement exposée à l’environnement. Le bulbe olfactif est la fenêtre ouverte du cerveau, ou, plus précisément, sa blessure ouverte.

Du bulbe, les signaux ne vont pas au thalamus mais directement au cortex piriforme et à l’amygdale, siège de la mémoire émotionnelle. C’est pourquoi l’odorat est souvent décrit comme le sens le plus primitif, le plus chargé émotionnellement, le plus résistant au langage. L’odorat n’est pas primitif. Il contourne la machinerie éditoriale que les autres sens doivent traverser. Ce raccourci architectural est aussi ce qui rend la fatigue olfactive si impitoyablement efficace pour effacer les stimuli constants de la conscience. Une odeur entre dans la conscience brute, non médiée, déjà mêlée à la mémoire et au sentiment avant que le cortex préfrontal ait eu le temps de former une pensée à son sujet.

Cette architecture explique beaucoup de choses. Elle explique pourquoi l’odeur d’une lessive particulière peut faire pleurer un adulte sans avertissement. Elle explique pourquoi la mémoire olfactive est si durable et si résistante au rappel volontaire : on ne peut pas invoquer une odeur comme on invoque une mélodie, mais quand l’odeur frappe sans prévenir, la mémoire qu’elle porte est totale. Et elle explique, de manière cruciale, pourquoi les lésions du système olfactif produisent des formes de souffrance aussi bizarres que spécifiques.


Comment le SARS-CoV-2 a attaqué l’épithélium olfactif

Le virus SARS-CoV-2, il s’est avéré, avait une affinité particulière pour l’épithélium olfactif, comme l’a démontré une étude de 2020 menée par Brann, Tsukahara et leurs collègues de la Harvard Medical School, publiée dans Science Advances. Le récepteur qu’il exploitait pour entrer dans les cellules, ACE2, était fortement exprimé sur les cellules sustentaculaires qui soutiennent les neurones olfactifs. Le virus n’avait pas besoin d’atteindre le cerveau pour détruire l’odorat. Il lui suffisait d’atteindre le nez.

L’ampleur des dommages olfactifs qui en ont résulté était sans précédent en neurologie moderne. Les estimations varient, mais une méta-analyse de 2022 publiée dans le British Medical Journal portant sur plus de 600 000 patients suggérait que entre quarante et soixante-cinq pour cent des patients Covid-19 ont souffert d’une certaine forme de dysfonctionnement olfactif. Pour la plupart, cela s’est résolu en quelques semaines. Pour des millions, ce ne fut pas le cas. Fin 2021, les cliniques spécialisées dans l’anosmie post-virale, auparavant une sous-spécialité de niche, étaient débordées. Une génération de personnes a découvert, pour la première fois, ce que signifie vivre dans un monde sans odeur.

Mais la perte d’odorat n’était que le premier acte. À mesure que les neurones olfactifs endommagés commençaient à se régénérer, un processus unique au système olfactif, qui conserve une capacité neuroplastique tout au long de la vie, de nombreux patients ont constaté que leur odorat ne revenait pas intact. Il revenait déformé. La parosmie s’est installée : les distorsions, les substitutions grotesques, la sensation que le monde avait été reconstruit légèrement de travers. Et pour un sous-ensemble plus petit mais significatif, la phantosmie est apparue en même temps, des odeurs créées à partir de rien, générées entièrement dans le cerveau.

La neuroscience de ce phénomène est à la fois bien comprise et profondément étrange. Lorsque les neurones récepteurs olfactifs sont détruits et commencent à repousser, ils doivent retrouver leur chemin vers les glomérules corrects dans le bulbe olfactif, les stations d’amarrage précises où convergent des types spécifiques de récepteurs. Ce processus n’est pas toujours exact. Les axones se reconnectent mal. Les récepteurs se connectent aux mauvais glomérules. Le résultat est une carte brouillée : le cerveau reçoit des signaux qui sont structurellement cohérents mais informativement erronés, comme un piano dont les cordes ont été rattachées aux mauvais marteaux. On appuie sur le do central et on obtient un fa dièse. On appuie sur le fa dièse et on obtient quelque chose qui n’est pas vraiment une note.

La phantosmie va plus loin. Dans la phantosmie, le cerveau n’interprète pas mal un signal. Il en génère un. Le cortex olfactif, privé de son entrée normale, ou ne recevant que des fragments brouillés, commence à combler les vides. Il compose. Il invente. Il produit des perceptions olfactives souvent étonnamment précises : pas des impressions vagues de « quelque chose qui brûle » mais l’odeur précise et indubitable de pain grillé brûlé, d’essence, ou d’une marque particulière de cigarette que le patient n’a pas rencontrée depuis des décennies. Le cerveau, laissé seul dans une pièce sombre, commence à se parler à lui-même. Et ce qu’il dit est détaillé, cohérent, et entièrement fictif.


Les odeurs fantômes existent depuis des siècles avant le Covid

Ce phénomène n’est pas nouveau. Il manquait simplement, jusqu’au Covid, une population suffisamment nombreuse de personnes affectées pour le faire entrer dans la conscience publique.

Fiodor Dostoïevski, qui souffrait d’épilepsie du lobe temporal tout au long de sa vie adulte, comme l’a documenté le neurologue et historien médical John R. Hughes dans une revue de 2005 publiée dans Epilepsy and Behavior, décrivait les auras précédant ses crises en des termes que les neurologues reconnaissent aujourd’hui comme des épisodes phantosmiques. Avant la convulsion, avant la terreur et la perte de conscience, il y avait un moment de beauté étrange et écrasante. Il l’a décrit à son ami Strakhov comme une expérience de clarté perçante, une sensation que le cerveau fonctionnait à une fréquence plus élevée, accompagnée de ce que les témoins décrivaient comme son immobilité soudaine et béatifique. L’épilepsie du lobe temporal est bien connue pour produire des hallucinations olfactives pendant les auras, et les épisodes de Dostoïevski ne faisaient pas exception à ce schéma plus large. Des impressions d’odeurs qui semblaient venir de nulle part et de partout à la fois, portant avec elles une conviction de sens absolu qui disparaissait dès le début de la crise.

L’épilepsie du lobe temporal est depuis longtemps associée aux hallucinations olfactives. Le faisceau unciné, un tractus de matière blanche reliant le lobe temporal au cortex orbitofrontal, traverse des régions intimement impliquées dans le traitement olfactif. Lorsque l’activité épileptique se propage dans ces circuits, le résultat est souvent une odeur soudaine, vive et involontaire. Les patients la décrivent de différentes manières : une odeur de brûlé, de caoutchouc, de fleurs, de quelque chose d’indescriptible mais intensément familier. Ce phénomène s’appelle une crise uncinée, et il est documenté depuis que John Hughlings Jackson, le père de la neurologie anglaise, l’a décrit dans ses rapports cliniques à l’Hôpital National pour Paralysés et Épileptiques dans les années 1880. C’est, en essence, le système olfactif du cerveau qui s’active sans permission, une composition rebelle, générée de l’intérieur.

Ce qui relie l’odeur fantôme de l’épileptique au café déformé du patient Covid est un principe unique, et c’est le même principe qui rend la phantosmie si philosophiquement dérangeante : le cerveau ne reçoit pas passivement l’information olfactive. Il la construit activement. L’odorat n’est pas un enregistrement. C’est une performance.


Ce qui se passe quand vous sentez une rose, au niveau moléculaire

Les implications de cela méritent qu’on s’y attarde.

Quand vous sentez une rose, ce qui se passe, au niveau le plus granulaire, c’est qu’un nuage de molécules volatiles (plusieurs centaines de composés distincts, dans le cas d’une rose centifolia, comme catalogués par des chercheurs de l’INRA en France) se lie à un sous-ensemble de vos quelque quatre cents types de récepteurs olfactifs. Chaque molécule active une combinaison différente de récepteurs. Le schéma d’activation est transmis au bulbe olfactif, où il est traité en ce que les neuroscientifiques appellent un « objet odorant », une perception unifiée que le cerveau reconnaît comme « rose ». Mais cet objet odorant n’est pas une photographie de la réalité moléculaire. C’est une construction, un modèle, construit par le cerveau à partir de données chimiques fragmentaires et façonné par la mémoire, l’attente, le contexte, l’état émotionnel et la variation génétique dans l’expression des récepteurs.

Deux personnes sentant la même rose sentent, dans un sens neurologique significatif, des choses différentes. Non pas parce que les molécules diffèrent, mais parce que les cerveaux qui composent la perception diffèrent. Le répertoire des récepteurs n’est pas identique d’un individu à l’autre, des polymorphismes génétiques dans les gènes des récepteurs olfactifs signifient que certaines personnes sont fonctionnellement anosmiques à des molécules spécifiques que d’autres trouvent écrasantes. Les associations émotionnelles ne sont pas identiques. Les souvenirs déclenchés ne sont pas identiques. La rose est la même. L’expérience de la rose est irréductiblement personnelle.

La phantosmie ne fait que rendre visible ce qui est toujours vrai : que le cerveau est le compositeur, pas l’auditeur. Dans la perception olfactive normale, le cerveau compose en réponse à une entrée moléculaire, il a une partition à suivre, même si c’est de manière lâche. Dans la phantosmie, le cerveau compose sans partition. L’orchestre joue, mais la partition est blanche. Et ce qui est troublant, ce qui devrait nous faire réfléchir, c’est que la performance qui en résulte est souvent, de l’intérieur, indiscernable de la réalité. L’odeur fantôme de pain grillé brûlé n’est pas vécue comme une hallucination. Elle est vécue comme du pain grillé brûlé. La composition du cerveau est si convaincante que la conscience ne peut faire la différence.

Ce n’est pas un bug du système. C’est le système. La perception a toujours été un acte créatif. Le cerveau a toujours généré son monde autant que le recevoir. Nous le savons grâce aux neurosciences visuelles, au point aveugle, à l’aveuglement au changement, à l’effet McGurk, mais l’olfaction illustre ce point avec une clarté particulière et inconfortable, parce que l’odorat est le sens en lequel nous avons le plus instinctivement confiance et que nous interrogeons le moins. Nous doutons de nos yeux. Nous questionnons nos oreilles. Nous ne remettons presque jamais en question notre nez.


Entraînement olfactif et protocole Hummel

Le traitement de la phantosmie et de la parosmie est aussi simple que efficace. Il s’appelle l’entraînement olfactif, et son protocole le plus largement validé a été développé par Thomas Hummel à la Clinique de l’Odorat et du Goût de l’Université Technique de Dresde. La méthode est simple à l’extrême : le patient sent quatre odeurs spécifiques, rose, eucalyptus, citron et clou de girofle, deux fois par jour, pendant au moins douze semaines. Chaque inhalation dure de dix à vingt secondes. Le patient est invité à se concentrer, à tenter de se rappeler ce que l’odeur devrait être, à mobiliser la mémoire et l’attention simultanément avec l’acte physique d’inhalation.

Ça marche. Pas pour tout le monde, pas complètement, mais avec une régularité que Hummel et ses collègues ont démontrée dans plusieurs essais contrôlés, y compris une étude clé de 2009 publiée dans The Laryngoscope. Les patients qui suivent un entraînement olfactif structuré montrent une récupération olfactive mesurablement supérieure à ceux qui ne le font pas. Le mécanisme est la neuroplasticité : l’activation délibérée et répétée des circuits olfactifs guide les neurones en régénération vers leurs cibles correctes, renforce les connexions synaptiques affaiblies et, de manière cruciale, réentraîne les modèles prédictifs du cerveau sur ce qu’un schéma donné d’activation des récepteurs devrait signifier. Vous n’exposez pas simplement le nez à un stimulus. Vous apprenez au cerveau à composer correctement à nouveau.

Le choix des quatre odeurs n’est pas arbitraire. Rose, eucalyptus, citron et clou de girofle ont été sélectionnés parce qu’ils représentent quatre catégories primaires d’odeurs, florale, résineuse, fruitée et épicée, offrant une large couverture du répertoire des récepteurs. Ils sont aussi, et cela compte, culturellement familiers : le modèle prédictif du cerveau a de fortes attentes pour ces odeurs, rendant le processus de réentraînement plus efficace. La familiarité n’est pas accessoire au traitement. C’est le traitement. Le cerveau guérit plus vite quand il sait ce qu’il est censé entendre.

Le parallèle avec l’entraînement musical n’est pas non plus fortuit. Un pianiste qui se remet d’une blessure à la main ne commence pas par Rachmaninov. Il commence par des gammes, des motifs simples, répétitifs, structurellement fondamentaux qui rétablissent les voies neuronales sous-jacentes à une performance plus complexe. L’entraînement olfactif, ce sont des gammes olfactives. C’est le cerveau qui réapprend son propre instrument.


Le percepteur est un collaborateur, pas un enregistreur

Pour ceux qui travaillent avec les fragrances, qui passent leur vie à manipuler les matériaux de l’expérience olfactive, la phantosmie est une révélation. Elle confirme ce que la pratique de la parfumerie a toujours su implicitement : que l’odorat n’est pas un sens passif mais créatif. Que le percepteur n’est pas un appareil d’enregistrement mais un collaborateur. Que l’espace entre une molécule et un souvenir n’est pas vide, il est rempli par l’intelligence compositionnelle propre au cerveau.

Un parfumeur, construisant un accord, n’assemble pas un stimulus. Il écrit une partition qu’un autre cerveau interprétera. La performance ne sera jamais identique à la partition. Elle ne peut pas l’être. L’interprète, le porteur, le senteur, apporte à la rencontre une vie d’expérience olfactive, un génotype récepteur unique, une histoire émotionnelle que personne d’autre ne partage. L’odeur d’un parfum sur la peau n’est pas un fait. C’est un événement, une collaboration entre la composition et la conscience qui la reçoit.

La phantosmie révèle simplement ce qui se passe quand la collaboration se brise, quand le cerveau du porteur commence à improviser sans l’apport du compositeur. Les odeurs fantômes sont les propres parfums du cerveau, bruts, souvent désagréables, mais des expériences olfactives structurellement authentiques, générées par la même machinerie neuronale qui produit l’expérience d’un absolu de tubéreuse ou d’une expression de bergamote. Elles prouvent que la machinerie de l’odorat est fondamentalement générative. Elle n’a pas besoin du monde pour créer.

Ce n’est pas une pensée confortable. Nous préférons croire que nos sens nous donnent le monde tel qu’il est, que la perception est une fenêtre, pas une peinture. Mais le système olfactif, avec son exposition neuronale directe, son contournement du point de contrôle thalamique, son imbrication intime avec l’émotion et la mémoire, a toujours été le sens qui refuse le plus ouvertement cette illusion. L’odorat a toujours été construit. L’odorat a toujours été personnel. L’odorat a toujours été, au sens neurologique le plus profond, un acte créatif.

Les millions de personnes qui ont perdu leur odorat à cause d’un virus et ont trouvé, à sa place, un monde déformé ou fantôme, l’ont appris à la dure. Le cerveau n’est pas un microphone, enregistrant fidèlement l’environnement chimique. C’est un orchestre, qui joue d’une partition quand elle est disponible, et improvise quand elle ne l’est pas. La musique ne s’arrête jamais. La question est seulement de savoir si la composition reflète le monde extérieur ou le monde intérieur.

Précisément parce que le cerveau est un compositeur, la qualité de la partition importe énormément. Un grand parfum ne supprime pas l’intelligence compositionnelle du cerveau. Il la sollicite. Il fournit une structure assez riche et complexe pour soutenir l’interprétation créative du cerveau, comme une grande œuvre musicale offre un cadre dans lequel chaque interprétation est unique.

L’odeur fantôme de pain grillé brûlé est le cerveau qui compose seul, sans partition, à partir de fragments et de bruit. Un parfum est l’inverse : une partition si détaillée, si réfléchie, si ancrée matériellement que la performance du cerveau devient plus riche que la composition ou la conscience ne pourraient produire seules.

Cette collaboration, entre molécule et mémoire, entre monde extérieur et intelligence compositionnelle du cerveau, c’est ce que nous entendons quand nous disons que quelqu’un porte un parfum. Pas qu’il l’applique. Pas qu’il le reçoit passivement. Le porter : un acte actif, créatif, irréductiblement personnel de perception.

L’orchestre joue toujours. La question est ce que vous lui donnez à interpréter.


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